7. Mes clefs du bonheur

 

Mes clefs du bonheur

Lévy Blancard

Un fragile équilibre

Je suis devenue une spécialiste du bonheur. Ça a débuté par un regard désemparé vers ce que je n’avais pas. J’ai traversé comme chacun des périodes extrêmement difficiles alors j’ai essayé de comprendre. Mon esprit encore relativement scientifique m’a laissé croire -un espoir dont j’avais sans doute besoin- qu’il devait bien y avoir une formule à trouver pour être heureux. Et puis lorsque j’ai commencé à aller mieux j’ai eu envie d’approfondir, alors j’ai lu, visionné des conférences, posé des questions autour de moi. Enfin, je suis devenue coach et j’ai accompagné des personnes qui cherchaient précisément cette formule. J’avais bien construit mon petit trousseau de clefs du bonheur mais plus j’avançais plus je comprenais qu’il n’ouvrait pas toutes les serrures. Ce n’était ni éternel, ni universel. Alors j’ai trouvé un truc, une sorte d’astuce pour que chacun avance avec autonomie vers sa propre voie… j’ai commencé à poser des questions, à réfléchir à voix haute avec ceux qui venaient chercher des réponses. Merci donc à eux tous qui avec leur clairvoyance, leur humour, leurs failles et leur délicatesse m’ont donné envie d’écrire cet article.

Car c’est précisément à ce moment que j’ai recommencé à zéro. Qu’est-ce que le bonheur? Est-ce un équilibre? Une sensation furtive? Une forme de sagesse? 

Rien de tout ça? Nous connaissons tous des moments de plénitude. La sensation du travail accompli, le plaisir d’un bon repas, la communion parfaite avec un être cher ou un groupe d’amis, l’abandon dans le sommeil ou après un effort physique… 

La liste ne saurait être exhaustive. Est-ce que le bonheur serait la succession de ces moments? La conscience qu’ils vont venir, la capacité à en profiter et s’en sentir reconnaissant? Cette définition me semble particulièrement alléchante et je ne suis pas loin d’y adhérer. 

Comme je vous le disais, j’ai recherché l’avis un nombre considérable de grands thérapeutes, analystes, philosophes, maitres spirituels, coachs. Voici mes diverses « conclusions ».

1 Pour atteindre le bonheur il est nécessaire de combler au moins partiellement ses besoins. 

Il est intéressant de se pencher sur nos besoins. Maslow a établi une très belle pyramide, Marshall Rosenberg (le grand monsieur qui a inventé le système de communication non violente) a également proposé une liste des besoins humains. On peut choisir l’un ou l’autre outil afin d’analyser les différentes émotions que l’ont peut sentir et observer quel besoin elles reflètent. Lorsque l’on a conscience de ses besoins non comblés on peut, je crois, s’approcher du bonheur.

2 Chercher à l’intérieur

En concluant qu’il fallait combler ses besoins et notamment les besoins primaires, les besoins de sécurité et de reconnaissance sociale j’ai ressenti comme un malaise. Combler ses besoins devait-il se faire de l’extérieur? Trouver un bon emploi, gagner assez d’argent, avoir un conjoint satisfaisant, etc? Cela me semblait si loin de la liberté et l’autonomie qui nous caractérise en tant qu’humain que j’ai immédiatement répondu « non ». L’environnement a un impact sur notre épanouissement, c’est indéniable, inversement nous avons non seulement un impact sur notre environnement mais également sur notre manière de le percevoir. J’ai alors supposé qu’il s’agissait de trouver un délicat mélange, équilibre savant et subtil, entre l’action sur l’extérieur et sur l’intérieur. Pour cela un gros travail d’acceptation semble nécessaire. Je parle régulièrement à mes élèves d’accepter l’imperfection, d’accepter le risque de ne pas être aimé et aujourd’hui j’ai envie de vous parler de quelque chose de profondément désagréable: la douleur.

3 Accepter la douleur

Car ce qui me manque régulièrement dans les discours sur le bonheur est précisément ce point. Je crois que le bonheur, c’est aussi d’avoir confiance dans sa résilience. On se perd parfois en croyant qu’avoir mal, être triste, ne pas se sentir comblé ne fait pas partie de notre bonheur. Je viens vous raconter que si! 

 

Ce qui m’a aidée le plus dans ma grande quête est une distinction qui au départ m’a semblé subtile puis a résonné comme une évidence :La souffrance n’est pas la douleur. La souffrance est le refus de la douleur. Ainsi on peut chercher à diminuer voir supprimer complètement (bien que je reste sceptique sur ce plan également) la souffrance précisément par l’acceptation de la douleur. Si cela a fait écho en moi c’est parce que j’ai tout de suite fait le lien entre la douleur physique et la douleur psychique. J’avais déjà appris à gérer la douleur physique par le biais de la respiration, de la visualisation et simplement en étant à l’écoute de mon corps. Ainsi, une de mes clefs du bonheur a été d’effectuer le même travail d’acceptation, d’écoute et de relâchement concernant la douleur psychique. Dans un cas comme dans l’autre il ne s’agit pas de résignation, je crois en notre capacité à agir et à évoluer mais simplement d’acceptation de cette douleur inhérente à la vie et qui est parfois une occasion de changer des choses, justement. Embrasser cette douleur comme un message de moi à moi, comme un passage vers autre chose. Ouvrir mon esprit au fait que le bonheur existe encore à cet instant.

4 Ouvrir

L’enchainement et la dernière partie de cet article me semblent alors évidents. S’ouvrir et accepter que le bonheur n’est en aucun cas une route toute tracée. Personne ne peut la tracer pour nous, pas même nous. Nos besoins, nos envies, nos perceptions et même  simplement nos sensations changent en permanence. Je vous suggère d’aller écouter, lire, rencontrer les personnes brillantes qui ont cherché sur le bonheur ou pourquoi pas les nombreuses personnes qui le vivent et savent en parler.

Alors, heureuse?

Suis-je heureuse? Je ne sais pas. Qu’est-ce que le bonheur? Je ne sais pas. Ecouter, sentir, profiter, accueillir, vivre, espérer, prendre confiance, perdre pied, se retrouver, s’ouvrir encore et toujours vivre, vivre, vivre pleinement chaque instant.