4. La politique de l’autruche

En cherchant un nouveau sujet pour vous écrire, voici celui que nous avons choisi: « la politique de l’autruche ». En effet, souvent mes élèves timides ou même mes amis me racontent qu’ils « font l’autruche » et je trouvais ce thème judicieux. Lorsqu’on me l’a proposé, j’ai souris car il se pourrait bien que ce sujet réveille mes vieux démons.

Aujourd’hui, je vais vous raconter quelque chose de très personnel pour étayer mon petit billet. Il y a quelques années, j’ai eu l’occasion de réfléchir avec un groupe de travail à la question « qu’est-ce qui vous révolte? ». Ce jour-là ma réponse était claire et indiscutable, ce qui me révoltait c’était le refus d’évolution. Je pensais à toutes ces personnes qui justement pratiquaient cette « politique de l’autruche ». J’étais furieuse car dans ma vie privée justement je me sentais lésée et frustrée. Je voulais imputer cette frustration à une personne qui me refusait son attention parce qu’elle n’était pas prête à affronter les difficultés que cela pouvait représenter.

Et puis j’ai évolué! Je me suis rendu compte que chacun affrontait ses problèmes au moment où il en était capable et où il avait trouvé toutes les ressources pour avancer. J’ai assimilé que chacun était soumis à son rythme, ses phases de deuil et d’acceptation. La mise en abîme est parfaite, j’avais de toute évidence moi-même un deuil à faire pour comprendre tout cela, un deuil qui allait prendre du temps. Il m’était impossible de forcer les gens à avancer et c’était heureux car cela se serait avéré dangereux.

Aujourd’hui je suis coach, je facilite donc des « prises de conscience », j’aide à sortir la tête du trou de jolies autruches apeurées. Seulement je ne le fais que lorsque la dite autruche décide de cette démarche et uniquement si cela est bon pour elle. Parfois, je vois le trou, je vois l’autruche et je marche tranquillement à côté de l’autruche en lui disant combien je suis satisfaite qu’elle ait sorti sa tête du précédent trou qu’elle avait creusé.

Ce que l’on appelle « la politique de l’autruche » est parfois simplement le fait de ne pas être prêt à affronter une difficulté. Se laisser le temps pour agir ou réagir peut être aussi une attitude extrêmement saine même si à court terme elle nous attire des ennuis. On peut aussi supposer qu’à long terme elle peut nous faire avancer plus sereinement.

Si vous vous dites justement que vous faites l’autruche, notamment par rapport aux prises de paroles et à l’affrontement de votre timidité: bravo! Bravo parce que vous avez vu le trou dans lequel vous avez enfoncé votre tête. Bravo parce que vous avez conscience de vos peurs et bravo parce que vous avez envie de changer d’attitude. Je vous accueillerai bien entendu volontiers à mes cours. Cependant, avant même d’en arriver à la porte de mes cours, je tiens avant toute chose à vous demander de vous traiter avec une infinie douceur. Vous n’avez aucune raison de culpabiliser d’être qui vous êtes et d’avoir besoin de temps pour affronter une difficulté de cette ampleur.

Méfiez-vous de cette société qui prône quelles qualités vous devez avoir. La discrétion n’en fait que rarement partie et on me racontait encore l’autre jour qu’un patron pouvait reprocher à son employé d’être « trop gentil ». Pardon?
Je me pose parfois la question, dirait-on cela à notre enfant? « Il ne faut pas être trop gentil » J’ai l’impression plutôt qu’on lui dirait avec justesse qu’il peut être altruiste mais doit garder une certaine lucidité.

Je suggère donc de respecter le rythme, les envies et l’énergie de chacun. C’est en tout cas le choix que nous avons fait et ce que nous mettons en oeuvre au sein de nos « cours de théâtre à l’usage des timides » ainsi que de tous nos stages.

Merci de m’avoir lue et à très bientôt!